Mathieu Decroix, fondateur du Bottin du Made in France et de la FIMIF*

Mathieu fait partie des belles rencontres que j’ai pu faire depuis le début de l’aventure JUSTE. Une belle personne, des idéaux forts et un dynamisme à toute épreuve ! Fondateur du Bottin du MIF, il a créé récemment la FIMIF* avec cinq compères. La FIMIF porte le beau projet de « rassembler les entreprises et les consommateurs pour porter plus haut la voix du Made in France ». Mathieu est une personne réellement engagée. Pas question de surfer sur une tendance, son moteur : ses valeurs et sa conviction que les choses peuvent changer. Il aide les consomm’acteurs à y voir plus clair mais aussi les entreprises à qui il donne un sérieux coup de pouce avec son annuaire du MIF et les boutiques éphémères (entre autres).

Car on entend tout et n’importe quoi sur le MIF, il m’a semblé important de donner la parole à Mathieu sur ce sujet tendance mais complexe !

Comment t’es venue l’idée de créer le Bottin puis, avec d’autres acteurs du MIF, la FIMIF* ?

Le Bottin est né d’une volonté de remédier au manque de transparence relative à l’origine des produits que nous consommons tous les jours. S’il est relativement aisé de savoir ce qui est « Made in France » et ce qui ne l’est pas, qu’en est-il lorsque le consommateur souhaite savoir quelles étapes relèvent exactement du « Made in France » dans les produits qu’il achète ? Le Bottin fourni ces informations, depuis la matière première utilisée jusqu’au site de fabrication ou d’assemblage. A chacun de choisir ensuite en toute connaissance de cause !

La FIMIF répond quant à elle a un besoin qu’ont les consomm’acteurs et les entrepreneurs de pouvoir se réunir, se rencontrer, partager leur réseau et leurs pratiques, mener des actions communes ou monter des partenariats ensemble. Ensemble, on est plus fort ! La FIMIF a également ce rôle de maintenir, à travers la réalisation d’études inédites sur le Made in France et ses enjeux, un signal fort dans les médias. Faire parler du Made in France au-delà des échéances électorales et entraîner les consommateurs à soutenir cette cause est essentiel.

Quelles ont été tes actions principales jusqu’à aujourd’hui et quels sont tes projets pour demain ?

Ces deux dernières années, avec Le Bottin, nous avons voulu proposer des services d’accompagnement aux entreprises et artisans qui fabriquent en France de manière durable. A ce titre, nous avons participé à des salons, organisé des ventes éphémères 100% Made in France ou encore des ventes à domicile. Si les entreprises ont un besoin évident d’être accompagnées dans leur développement, principalement sur la partie distribution et communication, la plus grosse difficulté se situe en fait du côté des consommateurs. A travers les études que publient la FIMIF* ou les conférences et manifestations qu’elle organise, nous tentons de les sensibiliser et de les convaincre à réviser petit à petit leur mode de consommation pour privilégier la qualité, la durabilité, l’emploi… à la quantité et à la mondialisation anonyme.

Qu’as-tu découvert d’inattendu du secteur de la mode/textile/accessoires en France et de ses entrepreneurs ?

Ce qui m’a le plus marqué a été mes visites d’ateliers de confection français. C’est un métier qui est dur, répétitif, et malheureusement très peu valorisé en France, aussi bien par les consommateurs que par les donneurs d’ordre. D’une manière générale, les métiers manuels (artisanat ou industrie) sont dévalorisés et les jeunes n’y trouvent plus vraiment de vocation. Il faut absolument réinventer ces métiers et leur redonner toute la grandeur et l’attrait qu’ils méritent.

Que réponds-tu quand on te rétorque que le made in France, c’est sympa mais trop cher ?

Changer ses habitudes pour privilégier le Made in France prend du temps et nécessite de la volonté, c’est chose sûre. Invoquer des raisons financières n’est que, bien trop souvent, qu’un prétexte facile à l’inaction. Il existe pourtant une multitude de moyens permettant de s’y retrouver : gaspiller un peu moins, n’acheter que le nécessaire et suffisant, privilégier les produits d’occasion lorsque cela s’y prête… A titre personnel, cela fait 4 ans que je n’achète plus que Made in France, ou d’occasion lorsque l’offre MIF n’existe pas. Je ne dépense pas un centime de plus qu’avant. Mais j’ai dû revoir un grand nombre de mes réflexes et mes habitudes.

Peux-tu m’expliquer ce qu’il existe comme législation sur le made in France ou sur les mentions obligatoires concernant le « made in » sur les étiquettes ?

La référence officielle est le code des douanes. Le principal critère est que pour pouvoir estampiller un produit « Made in France », il faut que 45% de sa valeur ait été créée en France. Après, une assiette fabriquée en Chine puis transformée en assiette de décoration murale en France par le simple ajout d’un système de fixation en son dos sera considérée officiellement comme étant Made in France. C’est simple : plus de 45% de sa valeur aura été fabriquée en France et le produit aura acquis sa principale caractéristique, à savoir être un objet de décoration, en France aussi. Dans les faits, ce produit n’est évidemment pas Made in France. Coté label national, hors alimentaire, il n’existe rien de très sérieux car aucun n’apporte à ce jour de réelle transparence pour le consommateur. De très loin, la meilleure solution reste celle que pratiquent des marques telles que JUSTE : jouer la carte de la transparence sur toute la chaîne de production et fournir les informations adéquates aux consommateurs pour qu’ils puissent juger, et éventuellement vérifier, par eux-mêmes.

Que veut dire le made in France pour toi ?

Je fais partie des « puristes » qui considèrent un produit véritablement Made in France à partir du moment où il est conçu et fabriqué en France et que ses principaux composants l’ont également été. Oublier les composants, c’est oublier ces milliers de PME qui elles aussi produisent en France, créent des richesses et des emplois. Pour les composants et matières premières qui n’existent pas ou plus en France, j’évite simplement d’acheter les produits qui les utilisent. Le cas du coton est très intéressant puisque la France n’en produit pas. Une alternative très locale et durable est de privilégier les vêtements utilisant des fils de cotons recyclés. Il existe dans le Tarn une entreprise – Les Filatures du Parc – qui a réussi à développer un concept breveté et unique au monde capable de recycler des vêtements et de les utiliser comme matières premières à la fabrication de nouveaux fils de cotons, 100% recyclés et… 100% Made in France ! On les retrouve par exemple dans la nouvelle collection de jeans à sortir en avril prochain de la marque Remade in France. Produire local permet aussi d’innover local !

Existe-t-il ou va-t-il exister un label représentatif du made in France ?

A mon sens, il n’en existe aucun à ce jour. Je n’ai pas eu vent non plus qu’un tel projet serait en préparation. Hormis quelques beaux labels régionaux tels que Terre Textile, les labels nationaux tels que « Origine France Garantie » sont trop peu exigeant, opaques et souvent inaudibles pour le consommateur. Seules les appellations d’origine, dans l’alimentaire, sont à jour réellement crédibles.

Quel est l’avenir du MIF ?

A l’instar de la Filature du Parc précédemment mentionnées, le MIF peut avoir un brillant avenir dans toutes ces innovations qui ont et auront un caractère durable et que nous serons capables de développer mais aussi de conserver sur notre territoire. Une innovation sera aussi bien technique qu’organisationnelle, humaine ou sociétale au sens large. Les consomm’acteurs n’achètent pas uniquement un produit, mais un produit ET l’entreprise qui le fabrique. Et ils sont chaque jour un peu plus nombreux à le faire.
*Fondation indépendante du Made in France