Forêts françaises en danger : la moitié de leur capacité à absorber le CO2 perdue en 10 ans et un risque d’aggravation imminent

En raison des sécheresses répétées et de la prolifération des ravageurs, la mortalité des arbres en France a augmenté de 50 %. Cette situation a un impact négatif sur leur capacité à absorber le CO2.

Diminution de moitié de l’absorption de CO2 par la forêt en 10 ans

Début avril, le chercheur Philippe Ciais du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) a alerté sur Twitter que les forêts françaises absorbent désormais deux fois moins de carbone qu’il y a dix ans. Il a également extrapolé cette tendance actuelle vers un futur très proche, en affirmant que si cela se poursuit, la forêt française pourrait perdre du CO2 d’ici 2026, ce qui augmenterait nos émissions de CO2 fossile.

Bien que ce scénario ne soit pas certain, étant donné que le flux de carbone de la forêt ne suit pas nécessairement une évolution linéaire, les données suggèrent que les forêts françaises stockeront de moins en moins de carbone à l’avenir.

Philippe Ciais s’appuie sur les chiffres du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), qui est chargé de l’inventaire français des émissions de gaz à effet de serre. Dans le bilan de 2022, le Citepa constate une stagnation, puis une forte baisse du stockage de carbone par les forêts françaises depuis 2008, en particulier depuis 2013.

Foret

Augmentation de la mortalité des arbres

La mortalité des arbres est la principale cause de la diminution du stockage de carbone par les forêts françaises. Pour établir ses calculs, le Citepa utilise les données des inventaires forestiers nationaux fournis par l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN).

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Selon le dernier inventaire publié en octobre 2022, la mortalité des arbres a augmenté de plus de 50 % entre les périodes 2005-2013 et 2012-2020. Les raisons de cette mortalité sont multiples, notamment la sécheresse, la canicule, les insectes, les champignons et les bactéries, mais leur part respective de responsabilité n’est pas connue selon le rapport.

Un autre document de l’IGN de novembre 2021 sur la santé des forêts avait déjà signalé la forte mortalité des jeunes arbres (moins de 5 ans) due à la succession d’années sèches. Lorsque les arbres sont affaiblis, certains insectes se multiplient, comme les scolytes de l’épicéa. Plusieurs espèces sont particulièrement touchées, notamment le châtaignier, le frêne, l’épicéa et le pin sylvestre.

Chataigner

Surexploitation de la forêt et sécheresse

Cette baisse est due à plusieurs facteurs, dont une exploitation plus importante des forêts pour le bois de chauffage, qui libère le carbone stocké par les arbres lorsqu’il est brûlé. En outre, la tempête Klaus de 2009 a également causé des dommages importants à un tiers des forêts du sud-ouest de la France.

La mortalité des arbres n’est pas la seule raison de la perte de carbone dans les forêts françaises. La sécheresse a également un impact direct sur la fixation du carbone par les arbres, explique Jean-Marc Limousin, chercheur CNRS au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (Cefe). Deux mécanismes sont en cause :

  • la croissance des arbres dépend de la pression de l’eau dans la plante
  • la photosynthèse nécessite de l’eau pour la transpiration des feuilles.

Les données analysées par Philippe Ciais tiennent compte de la mortalité des arbres et de la perte de croissance brute des forêts. La production biologique « nette » reste supérieure aux prélèvements, mais son ralentissement inquiète.

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De plus, les chiffres du Citepa se concentrent uniquement sur la forêt en métropole, ne prenant pas en compte la Guyane qui représente le tiers de la surface forestière française. De plus, la capacité de la forêt amazonienne à rester un puits de carbone est déjà mise à mal selon les scientifiques.

Mortalité des arbres

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