Désalinisation : une solution urgente, mais à quel prix pour nos océans ?

Le recours à la désalinisation pour faire face à la pénurie d’eau douce

Face à l’augmentation de la demande en eau potable, de nombreuses municipalités françaises se sont tournées récemment vers la désalinisation de l’eau de mer, notamment sur l’île de Sein en Bretagne où des installations de désalinisation fonctionnent depuis une cinquantaine d’années. La Corse et l’île de Groix ont également expérimenté cette solution durant la saison touristique estivale.

Les différentes méthodes de désalinisation

Il existe deux types principaux de procédés de désalinisation : les procédés thermiques, qui rendent l’eau salée potable grâce à la distillation, et l’osmose inverse, qui récupère l’eau douce en faisant passer l’eau salée au travers d’une membrane.

  • Les procédés thermiques consomment entre 7 et 27,3 kWh/m³ d’eau désalinisée.
  • L’osmose inverse requiert entre 2,5 et 3 kWh pour produire la même quantité d’eau douce.

La désalinisation : une solution énergivore associée aux émissions de CO2

Bien que de nombreux projets de recherche tentent d’améliorer l’efficacité énergétique des processus membranaires, les techniques de désalinisation demeurent très énergivores. De plus, leurs installations fonctionnent principalement à base d’énergies fossiles, ce qui contribue à l’augmentation des émissions de CO2. Selon une étude publiée en 2017, les stations de désalinisation dans le monde étaient alimentées à seulement 1% par des énergies renouvelables.

D’après les estimations de Marc-Antoine Eyl-Mazzega et Élise Cassignol, la désalinisation serait responsable d’émissions annuelles d’au moins 120 millions de tonnes de dioxyde de carbone. Si aucune mesure n’est prise pour rendre ce secteur plus durable, ces émissions pourraient s’élever jusqu’à 280 millions de tonnes d’ici 2050, soit un volume similaire aux émissions françaises en 2021.

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Les impacts environnementaux maritimes de la désalinisation

En plus des émissions de CO2, la désalinisation entraîne également des rejets d’eau saumâtre dans les océans. Cette eau concentrée en sel et en produits chimiques augmente localement la salinité marine et peut amplifier la désoxygénation des océans. Une eau moins oxygénée capte ainsi moins de CO2, accentuant potentiellement le réchauffement climatique.

L’augmentation de la salinité affecte également les herbiers marins méditerranéens qui sont déjà fragilisés par diverses activités humaines. La disparition de ces plantes pourrait destabiliser l’écosystème marin.

Les alternatives à la désalinisation

Pour réduire notre dépendance à l’égard de la désalinisation, des mesures peuvent être prises pour économiser l’eau et préserver nos ressources naturelles. Parmi ces alternatives figurent :

  • La réduction des fuites dans les réseaux d’eau potable (1 milliard de m³ perdus chaque année en France soit 20% de la production).
  • La réutilisation des eaux usées après traitement.
  • L’évaluation des besoins et des pratiques liés à l’eau (piscines, arrosage…)

Des solutions adaptées en fonction des situations locales

Il est important de tenir compte des spécificités locales pour évaluer la pertinence du recours à la désalinisation. Dans certains cas où l’accès à des ressources en eau douce est limité, comme sur des îles éloignées du continent, cette technologie peut s’avérer nécessaire. Toutefois, il est impératif de minimiser son impact environnemental en améliorant l’efficacité énergétique et en favorisant les énergies renouvelables.

En cette période de crises écologiques précipitée par le changement climatique, les médias indépendants sont essentiels pour informer le public et inciter à prendre des actions pour mieux gérer nos ressources en eau. La prise de conscience grandissante face aux défis écologiques et leur couverture médiatique constituent un pas crucial vers la préservation de notre environnement pour les générations futures.


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