Viande cultivée en laboratoire : il faut «accélérer la recherche» recommande un récent rapport sénatorial

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Malgré la défiance des agriculteurs et de la classe politique, un rapport d’information sénatorial publié mercredi estime que la France devrait accélérer la recherche sur la viande reconstituée en laboratoire à partir de cellules animales. Les participants de la commission des affaires économiques ont toutefois souhaité prolonger leur réflexion de quinze jours avant de procéder à un vote.

Cette technologie encore balbutiante, appelée aussi viande in vitro, peut offrir une solution pour réduire l’impact de l’élevage industriel qui contribue grandement à l’émission de gaz à effet de serre (14,5%) et à la déforestation selon l’ONU.

Pourtant, face aux craintes suscitées par ce type de produit, Bpifrance a soutenu les deux entreprises françaises actives dans ce secteur, Vital Meat et Gourmey, à hauteur d’environ 6 millions d’euros. C’est donc le moyen pour les scientifiques de pouvoir mener des projets de recherches plus poussés afin de satisfaire le marché.

Qu’est-ce que la viande cultivée en laboratoire ?

Comme son nom l’indique, cette viande est fabriquée à partir de cellules animales plongées dans un bouillon nutritif. Les cellules sont alors cultivées jusqu’à former un tissu similaire à de la vraie viande. Par exemple, Gourmey propose une version riche en omegas 3 et 6, plus digeste et sans allergène.

Les bienfaits de la viande cultivée en laboratoire

En plus des avantages nutritionnels déjà mentionnés, ce type de viande présente un avantage indéniable pour l’environnement. Elle permet en effet de réduire la production de méthane et de protoxyde d’azote, émis par l’alimentation des animaux, et ainsi limiter l’effet de serre. On calcule que si la consommation mondiale de viande passait de 14,9 kg/habitant/an à 4 kg/habitant/an, on pourrait économiser 16 gigatonnes d’équivalent CO2.

De nombreux autres bienfaits existent : pas besoin d’utilisation de terres productrices ou de pesticides, sa production est très peu gourmande en eau et en énergie, elle n’engendre pas de souffrances animales et ne nécessite pas de sacrifice. De plus, elle est exempte de contaminants et de parasites.

Comment avancer vers la commercialisation de cette viande ?

Pour obtenir un produit comestible, la société Perfect Day a mis au point un procédé à base d’organismes génétiquement modifiés via du CRISPR Cas 9. Le produit fini est ensuite analysé et testé pour veiller à sa qualité nutritionnelle et sanitaire.

Toutefois, avant de pouvoir passer à l’étape de commercialisation, il reste encore plusieurs étapes :

1- Mener des études toxicologiques approfondies

Les organismes génétiquement modifiés doivent être contrôlés pour s’assurer qu’ils ne causent pas de problèmes liés à la santé humaine ou animale. Ces études sont indispensables pour comprendre les risques associés à la consommation de cette viande.

2- Développer des tests pour la traçabilité

Afin d’identifier si un morceau de viande provient de culture cellulaire, il faudrait mettre en place un système adapté à l’analyse chimique et moléculaire des substances.

3- Réglementations supplémentaires

Le fait que ce produit soit différent des autres aliments rend nécessaire d’instaurer des règles spécifiques. Une loi européenne devrait être votée à ce sujet d’ici 2023.

Bref, il faut s’attendre à ce que cette technologie, encore balbutiante, évolue rapidement et qu’elle commence à se démocratiser dans les années à venir.

D’ailleurs, pour encourager le développement de cette industrie, plusieurs initiatives voient le jour. Citons notamment le projet EU New Food, qui vise à encourager l’innovation dans l’agroalimentaire et la transition vers une alimentation saine et durable, ainsi que Future Food Initiative dont l’objectif est de soutenir la recherche et développement de solutions innovantes dans le domaine alimentaire.

La viande cultivée en laboratoire représente donc une alternative intéressante aux produits carnés traditionnels. Et bien que son développement suscite toujours autant de questions et de réticences, le rapport sénatorial incite à accélérer la recherche dans ce domaine afin de satisfaire le marché à venir.


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