Découvrez l’histoire de cette méthode de fabrication de compost hyper productif qui pourrait révolutionner les rendements de nos jardins individuels et partagés

Jean Pain, un autodidacte installé dans le Var, a laissé derrière lui un héritage écologique remarquable : la « méthode Jean Pain ». Cette méthode ingénieuse de production d’énergie thermique et d’engrais à partir de la décomposition de compost de broussailles a d’abord été décrite dans un ouvrage co-écrit avec sa femme Ida et paru en 1973 intitulé « Les méthodes Jean Pain ou « Un Autre Jardin ». Mais c’est à la suite de l’article publié dans le Reader’s Digest en 1981, qui a atteint 30 millions d’exemplaires dans 12 langues, que la méthode Jean Pain a acquis une renommée internationale. Malheureusement, le décès de Jean Pain la même année a entraîné un ralentissement de la diffusion et du perfectionnement de cette méthode qui mérite aujourd’hui d’être redécouverte.

L’histoire de Jean Pain

Jean Pain (1928-1981) était un inventeur français, d’un système de compostage révolutionnaire, précurseur de la permaculture et du bois raméal fragmenté (BRF), et du gaz de broussailles, et c’est à Villecroze, dans le sud de la France, qu’il a vécu avec sa femme Ida.

Il a développé un système de compostage de broussailles pour produire un humus très riche, lui permettant de faire du maraichage très productif sans intrant chimique, ni arrosage, ni désherbage, et en utilisant la chaleur produite lors de la fermentation du compost. Il a par la suite amélioré sa méthode en broyant les broussailles et les rameaux des arbres, et en concevant un broyeur qui lui a permis d’obtenir une matière première de qualité.

Enfin, Jean Pain a intégré une petite unité de méthanisation à son compost, ce qui lui a permis de produire du méthane pour faire fonctionner un générateur d’électricité, des gazinières et alimenter sa 2 CV en carburant. Il a également ajouté un serpentin pour chauffer de l’eau à 60 °C, à un rythme de 4 litres par minute, pour l’usage domestique et le chauffage.

Pendant ce temps, sa femme Ida a écrit plusieurs ouvrages présentant les inventions de son mari, qui ont été publiés en français, anglais, allemand, espagnol et néerlandais.
Malheureusement, Jean Pain est mort d’un cancer de la vessie en 1981, à l’âge de 52 ans.

Le chercheur canadien Gilles Lémieux a nommé cette matière « bois raméal fragmenté » (BRF) en 1986.

La découverte d’un compost riche très productif

Pendant 20 ans, Jean Pain s’emploie à débroussailler les sous-bois de sa région, où les incendies de forêt sont fréquents. Sa dernière trouvaille : valoriser les broussailles et branchages collectés grâce à un compost riche en nutriments. Pour cela, il a conçu un prototype de broyeur/déchiqueteur qui produit des copeaux homogènes. Après un arrosage copieux pour stimuler l’activité microbienne, le tas de broyat retourné plusieurs fois se transforme en compost en seulement 9 mois.

Jean Pain a testé le compost ainsi produit sur son jardin potager et a été agréablement surpris par les résultats. Cette expérience l’a poussé à perfectionner un système de production d’énergie thermique à partir du compost. Grâce à cette invention, une maison peut être alimentée en eau chaude, chauffage, gaz et électricité, sans aucun autre apport énergétique.

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L’invention d’un système de production d’énergie

Une cuve d’acier hermétique de 4 m3, remplie au trois quarts de broyats et arrosée copieusement, est au cœur d’un système innovant qui produit de l’énergie. La fermentation du « gâteau cylindrique » de 3 mètres de haut et 6 mètres de diamètre produit environ 500 m3 de méthane qui alimente deux fours, une gazinière et un petit générateur électrique. Grâce à des tuyaux reliés à un puits, l’eau entre froide dans le système et en ressort à une température de 60 degrés à un débit de 4 litres par minute.

Cette mini centrale est capable de produire de l’énergie pendant environ 18 mois, à l’issue desquels le système doit être démantelé et reconstruit avec un nouveau broyat. Elle fournit également un excellent engrais naturel et équilibré sous forme d’humus, qui peut être utilisé dans le jardin potager. Pour mettre en place ce système, il faut 1 hectare de forêt et 40 tonnes de branchages et de broussailles.

Ce système innovant offre une alternative écologique et rentable à la production d’énergie.

Quelles sont les étapes de fabrication du compost à la méthode Jean Pain ?

Le principe

Chaque année, des millions de tonnes de broussailles, produits des forêts sont à disposition pour l’agriculture. Ces matières premières sont très bon marché et très riches, idéales pour des cultures variées. Le débroussaillement méthodique des forêts offre un grand avantage pour les régions méditerranéennes, à savoir la prévention des incendies. Toutefois, cette pratique doit être menée avec sagesse pour préserver les milieux naturels.
Actuellement, le débroussaillement est coûteux, mais grâce au compostage des broussailles, le risque d’incendie peut être évité sans dépense supplémentaire. De plus, cette méthode accélère la reprise et la croissance des plantations d’arbres forestiers. Un matériel spécifique est conçu pour le broyage et le compostage des broussailles, tout comme celui utilisé pour les résidus urbains.

La récolte des broussailles

Pour assurer l’équilibre des composants du compost, il est important de varier les matières. Il est cependant nécessaire de limiter la taille des branches les plus grosses à 8 mm en cas de compostage manuel. Ainsi, il est possible de prélever le chlorophyllien des rameaux facilement décomposables sans endommager la plante. L’objectif est de rendre moins dense l’écran vert sans pour autant le détruire, ce qui protège le milieu.

Pour effectuer le compostage, il est recommandé de disposer d’une aire suffisamment grande, idéalement située à la lisière d’une forêt.

L’imprégnation de la matière végétale

Lorsqu’on dispose de très peu d’eau, il faut mettre à profit la pluie pour l’imprégnation de la matière végétale. On peut recueillir l’eau de pluie en étendant sur le sol des bâches à bords relevés et arroser le tas stocké à l’aide d’un arrosoir ou par des aspersions courtes et répétées. Une autre méthode consiste à immerger la broussaille dans un tonneau, un bac ou un bassin.

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On tassera la matière dans le récipient vide en la compressant très fortement par foulage et en la maintenant compressée à l’aide d’une lourde pierre. On remplira ensuite d’eau à ras bord et laissera la matière s’imprégner pendant une demi-journée ou une nuit. Une fois bien égouttée, on mettra la broussaille en tas et on répétera l’opération autant de fois qu’il est nécessaire pour obtenir un volume de quatre mètres cube.

Ainsi, il faut environ trois jours de travail à un homme actif pour accumuler et imprégner ce volume de broussailles qui donnera deux tonnes de compost prêt à l’emploi. Il faut alors veiller à réaliser avec précaution, délicatesse et précision les transformations suivantes pour obtenir un compost de broussailles aux qualités optimales en 111 jours.

Le compostage

Après trois semaines d’imprégnation, le tas s’est affaissé et amolli. Il est alors temps de procéder au compostage. Pour cela, on procédera d’abord à un cardage afin de mieux répartir la matière. A l’aide d’une fourche retournée (dents contre terre), on frappera vigoureusement à coups répétés sur le bord du tas. Une heure et demie de labeur continu suffira pour carder l’ensemble. La matière deviendra alors brunâtre et une odeur âcre s’en dégagera. Une légère température indique un début de fermentation.

Ensuite, on procédera à la mise en tas. Les mesures à respecter sont : largeur à la base 2m20, hauteur au centre 1m60, forme triangulaire et longueur déterminée par la quantité de matière à composter. On entassera par fourchées très délicates, sans tasser. Une demi-heure suffira pour cette opération.

Pour finir, on répandra à la pelle une couche de 2 cm d’épaisseur faite de terre, de sable, de terreau ou d’ancien compost. Un quart d’heure sera nécessaire pour cette dernière étape. Afin de protéger l’ensemble contre la pluie, la neige, le vent et le soleil, on placera en toit de hutte des gros branchages. Une heure sera nécessaire pour trouver ces branchages en forêt. Dans les jours suivants, une vive fermentation se déclenchera, culminant parfois à 75°.

Le compost de 90 jours

Après 3 mois de maturation, le compost de 90 jours est prêt à être utilisé en surface. Il est important de le préserver de la lumière du jour, et de le couvrir à l’aide de branchages ou de paillassons si l’on doit s’absenter.

Ce compost de broussailles doit être appliqué en surface, en une épaisseur de 7 cm, au début de chaque culture (été puis hiver). Il ne doit pas être enfoui car sa matière organique nutritive n’est pas encore assez décomposée pour être assimilée par le sol. Cela pourrait alors avoir des conséquences néfastes sur les cultures de l’année suivante, voire même deux ans plus tard.
Il est possible de conserver et de laisser mûrir ce compost de 90 jours, plutôt que de l’utiliser immédiatement.

Couverture

La protection de la terre et du compost contre l’évaporation est essentielle. Pour cela, il est possible d’utiliser des couvertures végétales, comme des feuilles, de la paille, du foin ou des herbes vertes. Les aiguilles de pins sont aussi une option, mais elles doivent être enlevées à la fin de la saison et ne pas être incorporées au sol. Quel que soit le végétal choisi, il est essentiel de s’assurer de son uniformité et de veiller à ce qu’aucun trou ou espace n’ait été négligé.

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La couverture doit être appliquée à tous les espaces cultivés et non seulement à certains, car sinon l’humidité s’échappera par les espaces découverts. La condensation générée par la couverture provoquera une vie intense dans l’obscurité à la surface du sol.

Application

Le Haut Var est un bel exemple d’application du compostage de 90 jours. En novembre, après le retrait des fruits et des fanes de la culture précédente, un binage léger est effectué afin d’enterrer le compost et la couverture de la culture précédente. Immédiatement, des laitues sont semées.

Au printemps, les laitues sont remplacées par des petits pois nains, puis entre le 5 et le 10 mai, des plants d’aubergines sont repiqués. Fin mai, le terrain est recouvert d’une couche de compost de broussailles et d’aiguilles de pins pour le protéger de la lumière du jour. L’automne et l’hiver sont occupés par des carottes, le printemps par des épinards et des tomates.

Généralement, le jardin ne comporte que trois cultures par an, à l’exception des légumes qui nécessitent une occupation du terrain sur deux saisons. Les cultures sont protégées pendant l’été par des claies, sans arrosage. Par exemple, en été, des poireaux sont repiqués sans arrosage, après pralinage dans un mélange de compost de broussailles, d’argile rouge et d’eau. Les racines et les feuilles sont coupées et la couverture est retirée, les poireaux sont plantés dans le sol, au travers du compost, et la couverture est remise en place. Il n’y a pas d’infestation de ver du poireau.

La transformation en terreau

Une fois que le tas a mûri pendant 90 jours, il peut être utilisé pour créer un terreau de qualité. Pour ce faire, il suffit de le retourner un mois avant son utilisation et de le reconstruire aux mesures originelles. Une fois ces étapes effectuées, le terreau est prêt à être utilisé pour semer des plantes fines, cultiver des espèces rares et délicates et réaliser d’autres travaux horticoles.


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