Réutilisation des eaux usées : une formidable solution d’économie d’eau alors pourquoi la France est-elle si en retard dans ce domaine ?

La réutilisation des eaux usées traitées est une excellente solution pour économiser l’eau. Elle permet d’arroser des champs, des golfs et bien plus encore. Ainsi, elle peut être utilisée à long terme pour fournir de l’eau potable. Alors, pourquoi la France est-elle en retard par rapport à certains voisins européens en matière de réutilisation des eaux usées.

En France, certains départements sont actuellement confrontés à des restrictions de l’utilisation de l’eau en raison de la sécheresse hivernale. Les situations de tensions s’accumulent, comme en témoigne le niveau actuel très faible des nappes phréatiques sur l’ensemble du pays.
Cette tendance se retrouve également à l’échelle européenne. L’été dernier, le commissaire européen à l’Environnement Virginijus Sinkevicius a averti que « c’est notre devoir de cesser de gaspiller l’eau et d’utiliser cette ressource plus efficacement », en offrant des conseils aux États membres afin de mieux réutiliser l’eau dans le secteur agricole. Parmi les priorités figure la réutilisation des eaux usées traitées.

Les eaux usées : qu’est-ce que c’est

Les eaux usées étant transformées en eau moins pure après un usage industriel ou domestique, elles sont traitées dans des stations d’épuration avant d’être rejetées dans le milieu naturel.

Cependant, le Centre d’information sur l’eau souligne qu’elles pourraient être réutilisées pour quatre usages différents et ainsi économiser de l’eau potable : l’irrigation agricole, l’utilisation par les collectivités, le nettoyage pour les industries et la recharge des nappes phréatiques, qui sont le principal réservoir d’eau potable.

Les pays qui montrent l’exemple

Actuellement, le marché mondial de la réutilisation des eaux usées traitées est soutenu par l’Asie, et en particulier la Chine, pour l’usage industriel, et par le Moyen-Orient pour l’irrigation. Israël réutilise ces eaux à 90 %. Dans l’UE, les pays du pourtour méditerranéen, confrontés à des situations de stress hydrique et des besoins agricoles importants, sont en avance. Chypre les réutilise à 20 %, l’Espagne à 14 % et l’Italie à 8 %.

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En 2020, l’Union européenne s’est dotée d’un règlement, dont l’entrée en vigueur est prévu en juin 2023, visant à faciliter la réutilisation des eaux usées, en particulier pour l’irrigation agricole (hors espaces verts), tout en harmonisant les règles dans tous les États membres. La Commission européenne indique que 40 milliards de m³ d’eaux usées sont traités chaque année dans l’UE, mais seulement 964 millions de m³ sont réutilisés.

Quelle est la situation en France?

La France est en train de se mettre à jour en matière de recyclage et de réutilisation des eaux usées. Plusieurs projets ont été menés à travers le pays, allant de l’arrosage des espaces verts à Sainte-Maxime (Var) grâce à un système goutte-à-goutte alimenté par ces eaux usées, à leur réutilisation pour le nettoyage des canalisations d’assainissement urbain à Deauville (Calvados). Même les industriels utilisent ces eaux usées, comme Cooperl qui en recycle une grande partie dans ses abattoirs bretons.

Malgré ces progrès, la France est encore en retard puisque moins de 1 % de l’eau qui sort des 22 000 stations d’épuration est réutilisée, et que ces initiatives sont principalement affectées à l’irrigation agricole et à l’arrosage des golfs. Une réglementation a été mise en place en 2010, revue en 2014, afin de veiller à la sécurité sanitaire et environnementale de la population. Pourtant, certains secteurs trouvent ces normes « drastiques » par rapport à celles de nos voisins européens.

Il y a deux ans, un grand nombre de villes a entrepris de mettre en place des projets de Reut. Cependant, l’ampleur du travail est colossal et peut prendre beaucoup de temps. En France, les demandes d’autorisation peuvent prendre plusieurs mois et même des années. Yvan Poussade l’a souligné. Heureusement, le cadre européen devrait aider à harmoniser ces procédures.

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La réglementation

En France, il existe quatre niveaux de qualité sanitaire des eaux traitées selon leur usage : A, B, C et D. Yvan Poussade souligne l’importance des projets qui ne doivent pas être mis en œuvre au détriment de l’environnement et des cours d’eau. En 2019, les Assises de l’Eau visaient à tripler les volumes d’eaux non conventionnelles réutilisées d’ici à 2025.

En mars 2022, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire a autorisé à titre expérimental des usages urbains des eaux usées, tels que le lavage des voiries ou la recharge des nappes. Le projet Jourdain, qui devrait être une première en Europe, permettra de sécuriser l’approvisionnement en eau potable des habitants de Vendée grâce à une unité d’affinage construite aux Sables-d’Olonne.

Les freins à la réutilisation des eaux usées

Actuellement, des freins financiers sont présents. Pour que l’eau usée traitée soit réaffectée, elle doit subir des traitements supplémentaires qui la rendront plus coûteuse en fonction de la qualité recherchée pour l’usage final. Des infrastructures dédiées doivent être construites, et les coûts de nouvelles canalisations et d’opération seront lourds. Alors que l’on paye une redevance de 1 à 3 centimes du mètres cube pour des prélèvements dans le milieu naturel, les coûts d’une solution de Reut sont beaucoup plus hauts. Cependant, Yvan Poussade estime qu’il « ne faut pas penser en termes de retombées financières mais de pérennité de l’activité ».

Une étude de l’Onema et de l’Irstea, réalisée en 2014, a démontré que des projets français ont dégagé une forte rentabilité économique pour les collectivités. Pour cela, il faut que la station d’épuration soit proche des grands utilisateurs, que des liens entre les fournisseurs et les usagers existent et qu’une longue réflexion préalable ait été faite.


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