Les magasins Biocoop vont-ils résister à la crise du secteur de l’alimentation biologique ?

Depuis deux ans, le secteur de l’alimentation bio a été fortement impacté. La baisse du budget de l’alimentaire et la guerre en Ukraine ont entraîné une baisse du chiffre d’affaires des enseignes allant jusqu’à -10 % par an. Dans ce contexte, de nombreuses enseignes bio ont été contraintes de fermer leurs portes. On estime que plus de 240 magasins ont disparu. La coopérative Biocoop, une enseigne emblématique du secteur, a été elle aussi touchée. En 2022, elle a dû fermer une quarantaine de ses 700 points de vente. Ces fermetures ont eu de lourdes conséquences pour les salariés et les clients. En 2023, la situation s’annonce encore difficile pour Biocoop. Ses défenseurs espèrent toutefois qu’elle parviendra à se relever malgré les difficultés.

Les magasins bio fragilisés par la flambée des prix

Bienvenue à Rennes, métropole dynamique de plus de 200.000 habitants où Scarabée, société coopérative d’intérêt collectif née en 1983, comptait treize magasins en 2022. Partie des pionniers de la bio en France, elle a largement contribué à la naissance du réseau coopératif Biocoop en 1986. Ces dernières années, elle a constaté une forte croissance de son chiffre d’affaires et a même ouvert quatre nouveaux magasins en moins de deux ans. Malheureusement, ces magasins ont tous fermé et la structure a été placée en redressement judiciaire. « Nous avons fermé quatre magasins, mais il n’y en aura pas un de plus » a déclaré Isabelle Baur, avant d’ajouter : « On sait que 2023 sera compliquée, mais j’ai confiance. »

Isabelle Baur, présidente du directoire de Scarabée Biocoop, se veut optimiste malgré les circonstances. Elle note effectivement un début de reprise, et des chiffres d’affaires qui remontent dans les magasins. Contre toute attente, la bio bénéficie d’un allié inattendu : l’inflation. En effet, l’inflation est de plus de 11% dans le conventionnel, ce qui est bien plus que sur les produits bios (+5%). Les prix entre le bio et le conventionnel se sont donc rapprochés.

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Des tarifs qui restent pourtant abordables

La coopérative Scarabée fait face à une flambée des tarifs et s’appuie sur ses produits en vrac qui sont proposés à un prix plus attractif. En effet, la marge sur les produits non transformés est moindre et permet de rendre le tarif plus accessible pour le consommateur.

Gwenvael Saout, salarié de Scarabée et délégué CGT, remarque que la clientèle a changé : les personnes qui venaient par curiosité ou de temps en temps ne sont plus présentes et ce sont surtout des habitués engagés qui restent. Son syndicat a ensuite critiqué l’absence d’anticipation de la coopérative, arguant que les signes de fléchissement du marché bio étaient déjà visibles. Selon lui, cela s’explique aussi par un effet de mode : certains produits sont passés de mode et sont donc moins demandés.

Des clients fidèles et engagés

Elisa, sortant du magasin de Cleunay, à l’ouest de Rennes, range son panier sur son vélo. Malgré l’inflation, elle continue de faire ses courses à La Biocoop, sa principale source d’alimentation. Elle explique : « C’est un engagement pour moi et je ne veux pas revenir dessus. Je comprends cependant que certains s’en détournent en raison du coût ».

Ce témoignage montre pourquoi La Biocoop peut se montrer optimiste quant à l’avenir. En effet, elle peut compter sur la fidélité de ses clients engagés. Isabelle Saur, de La Biocoop, souligne : « Notre projet répond aux attentes de la société. Les gens sont sensibles à ce que nous faisons, comme le circuit court, la souveraineté alimentaire, la réduction des emballages et la restriction de l’eau. Nous prenons tout cela en compte depuis toujours à La Biocoop. »

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Pierrick De Ronne, président du directoire de Biocoop, a récemment plaidé pour que le réseau coopératif ne change pas son cahier des charges et garde son identité. Il a expliqué que le bio de type industriel était le seul à souffrir de la crise et à perturber la perception des consommateurs.

De nombreux acteurs du secteur insistent sur le fait que la coopérative doit rester fidèle à ses valeurs et ne pas céder aux tendances qui s’écartent de son ADN. Pour De Ronne, certains concurrents qui décrochent leur étiquette bio font une erreur. Il est important que les clients puissent rester clairs et lisibles sur les produits qu’ils achètent.

L’espoir est maintenant que 2023 ne soit pas une année aussi difficile que 2020 a pu l’être.

 


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